Présentation issue de l’ECHO n°33 (février 2002)
1859, victoire des Français sur les Autrichiens à Solférino. Un Genevois, Henry Dunant, assiste par hasard à la bataille. Horrifié par le spectacle d’abandon des soldats morts et blessés, il organise les secours avec l’aide des habitantes d’un proche village. Trois ans plus tard, il écrit Un souvenir à Solférino, ouvrage qui lui vaut de nombreux témoignages de sympathie. Il parvient à réunir une conférence internationale à Genève en 1863 grâce à quatre autres concitoyens et crée avec eux avec le comité international de secours aux blessés, futur comité international de la Croix-Rouge (CICR). Un an plus tard la première convention de Genève est signée par seize Etats. Elle porte sur « l’amélioration du sort des blessés militaires pour les armées en campagne ».
La même année est créée en France la société de secours aux blessés militaires. Deux autres sociétés Croix-Rouge voient le jour par la suite : l’association des dames françaises en 1879 et l’union des femmes de France en 1881. Les trois associations fusionnent en 1940 pour former la Croix-Rouge française, association reconnue d’utilité publique. Auxiliaire des pouvoirs publics et membre du mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge comme 177 autres sociétés nationales, la CRF a pour mission d’apaiser les souffrances humaines sans distinction de nationalité, de race, de religion, de condition sociale ou d’appartenance politique.
Elle intervient dans tous les domaines de l’humanitaire : la santé (hôpitaux, maisons de retraite, instituts de formation, crèches, etc.), le secours, la solidarité (samu sociaux, épiceries sociales, points hygiène, etc.), l’international (recherche de personnes disparues, promotion du droit international humanitaire, interventions d’urgence, lutte contre le sida) et assure des programmes spécifiques (lutte contre l’illettrisme, quartiers en difficulté, soutien psychologique, etc.). Le fonctionnement de l’institution est assuré par 60000 bénévoles et 15000 salariés qui sont répartis entre 1141 délégations locales, 103 délégations départementales et 687 établissements. Son budget annuel s’élève à environ 655 millions d’euros.
Le service de la documentation historique de la CRF emploie une personne chargée de la documentation ainsi qu’une archiviste.
1. Les fonds documentaires
La documentation historique possède :
plus de 5000 ouvrages, brochures et mémoires qui traitent de l’histoire du mouvement international de la Croix-Rouge, de la Croix-Rouge française et de ses structures locales, des hommes (biographies, témoignages de guerre), de l’évolution des soins infirmiers et d’urgence, du droit international humanitaire - cette liste n’étant pas exhaustive - ;
19 titres de périodiques traitant de l’information générale de la Croix-Rouge et du métier d’infirmière ;
des pièces d’archives non encore précisément identifiées ;
un fonds photographique de 12000 clichés de 1860 à nos jours, qui sont classés par thèmes ;
des cartes postales, notamment de la première guerre mondiale et des établissements de la CRF qui restent à classer et inventorier ;
environ 200 affiches de la CRF, de la fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), du comité international de la Croix-Rouge et de sociétés nationales à traiter ;
des articles de presse à regrouper en dossiers thématiques ;
des objets divers (costumes, drapeaux, brancards, instruments médicaux et chirurgicaux, casques, médailles, brassards) utilisés pour des expositions.
Depuis le mois d’octobre 2000, une archiviste professionnelle a été recrutée afin de traiter les archives historiques et de rationaliser la gestion des archives courantes et intermédiaires.
2. Récolement des archives
Le récolement détaillé a recensé 1200 ml d’archives des services centraux de la CRF qui traitent des domaines suivants :
les activités liées au statut associatif de la CRF : les dossiers des assemblées générales et du conseil d’administration de 1871 à 1885 et de 1938 à aujourd’hui, les statuts de 1865 à aujourd’hui, l’animation du réseau (élus départementaux et locaux, échanges d’informations avec les unités des années 1940 à aujourd’hui) ;
les activités de gestion : les ressources humaines sur le territoire français, dans les colonies et les délégations générales de la CRF en Algérie et en Allemagne (gestion du personnel, fichiers, dossiers de personnel, bilans sociaux, conventions collectives, conflits, licenciement économique à la fin des années 1980, le tout de 1939 à aujourd’hui), la comptabilité (comptabilité du siège, des établissements, des départements et des unités de 1980 à aujourd’hui), la gestion juridique (dons, legs, immobilier, assurances, contentieux de 1945 à 1998), la direction générale et la présidence (dossiers des présidents, minutiers chronologiques de 1950 à 1993), la communication (opérations de communication et de partenariat, brochures, revues périodiques de 1867 à aujourd’hui) et les relations « diplomatiques » (avec les administrations française et européenne, la FICR, le CICR, les sociétés nationales de Croix-Rouge et Croissant-Rouge, les ONG de 1945 à 1998) ;
les activités propres à la CRF : l’enseignement et la formation (programmes, statistiques, échanges de correspondance avec les écoles, procès-verbaux des examens, rapports d’activités, participation à diverses instances des ministères de l’enseignement ou de la santé de 1883 à aujourd’hui), les opérations nationales (opérations de secours d’urgence, opérations de solidarité, colloques, lutte contre les grandes épidémies comme la tuberculose ou le sida, de 1910 à aujourd’hui), les opérations internationales (d’urgence ou aides diverses comme l’assainissement de l’eau, les constructions d’hôpitaux ou les actions éducatives du début du XXe siècle à aujourd’hui), les aides aux réfugiés migrants (accueil, aide financière, aide au logement, regroupement familial, adoptions pour l’Indochine, l’Egypte, l’Algérie, le sud-est asiatique, le Moyen Orient, la Roumanie, l’ex-Yougoslavie et le Kosovo, de 1956 à aujourd’hui), les établissements (constructions et échanges d’informations avec les hôpitaux, maisons de retraites, sanatoria, dispensaires, services de soins à domicile, camions de consultations ambulantes de nourrissons, etc., de 1928 à 1995), les conductrices ambulancières (personnel, organisation et fonctionnement, échanges d’informations avec les sections locales de 1939 à 1990 avec la date de fermeture du service), le secourisme (procès-verbaux d’examens, cours, animation, engagements des équipiers, missions à l’occasion des jeux olympiques d’Albertville, du cyclone Hugo, de la famine au Sahel, colloques de 1940 à aujourd’hui), les activités en milieu carcéral (personnel infirmier et visiteurs de prison, relations avec l’administration pénitentiaire du cours des années 1960 à 1980 avec la date de fermeture du service), la recherche de personnes (dossiers individuels des personnes recherchées, messages de 1950 à aujourd’hui), les convois d’enfants, de personnes âgées, etc. (de 1976 à 1995 avec la date de fermeture du service), la jeunesse (rencontres internationales, programmes d’échanges, solidarité, environnement, secourisme, animation de 1957 à 1995) ou encore la chancellerie (récompenses décernées à ou par la CRF de 1945 à 1987).
Cette longue énumération ne reflète cependant pas la réalité. Les manifestations organisées l’an passé à l’occasion du centenaire de la loi de 1901 montrent à quel point les archives des associations sont fragiles et périssables. Celles de la CRF n’échappent pas à cette règle. Les archives de l’association des dames françaises et de l’union des femmes de France sont très parcellaires. Il en va de même pour les archives de la seconde guerre mondiale. C’est la raison pour laquelle un groupe d’anciens de la Croix-Rouge a depuis quatre ans entrepris, avec l’accord du président de la CRF, d’établir un guide des sources des archives de la Croix-Rouge française de 1939 à 1945.
3. Les archives courantes et intermédiaires
Les procédures d’archivage ont été mises en place depuis mars 2001. Un guide des procédures a été élaboré. Le tableau de gestion des archives des services centraux est en cours de validation. Il permet maintenant d’éliminer les masses de documents dont la durée d’utilité administrative est échue et qui n’ont pas d’intérêt historique et d’isoler plus précisément les archives qui en ont un.
4. Les archives historiques
Les archives historiques des services centraux seront bientôt conditionnées, classées et inventoriées selon les normes actuelles.
En ce qui concerne les archives des délégations départementales et locales ainsi que celles des établissements, la question est pour le moment en suspens. L’expérience de la délégation départementale (DD) du Maine-et-Loire pourrait initier un mouvement de prise en considération des archives locales de la CRF. Cette DD a en effet accueilli une stagiaire du DESS d’Angers pendant trois mois pour classer et répertorier ses archives, archives qui devraient être déposées aux archives départementales.
L’accès aux archives par le public est uniquement dérogatoire pour le moment. Un règlement en cours de réflexion devrait permettre un accès plus libre par la suite.
Anne-Gaël Noussan, 2001



