La Gazette des archives n° 257 (2020-1)

L’archivistique, objet de recherche ? Explorations en France et à l’international

Rédaction de la Gazette des archives   jeudi 2 juillet 2020
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Ce numéro de La Gazette des archi­ves se veut le porte-voix de la recher­che en archi­vis­ti­que qui, malgré un dyna­misme uni­ver­si­taire indé­nia­ble et un véri­ta­ble déve­lop­pe­ment ces der­niè­res années, semble tou­te­fois man­quer de visi­bi­lité et par là même de carac­tère inci­ta­teur. Pourtant, les for­ma­tions au métier d’archi­viste sont nom­breu­ses, tout comme les pers­pec­ti­ves dans un champ ouvert, aussi bien en France qu’à l’inter­na­tio­nal.
Archivistes, nous savons inter­ro­ger nos pra­ti­ques pro­fes­sion­nel­les, et également croi­ser nos regards avec les pro­fes­sions pro­ches de la nôtre, ainsi qu’avec la société dans son ensem­ble. Ce numéro vous pro­pose un état des lieux et une mise en pers­pec­tive, s’appuyant sur de nom­breu­ses expé­rien­ces qui ques­tion­nent l’archi­vis­ti­que en tant qu’objet de recher­che. Par ailleurs, il for­mule des inter­ro­ga­tions sur les évolutions pos­si­bles de l’archi­vis­ti­que, dis­ci­pline en régé­né­ra­tion cons­tante, grâce à de nou­vel­les pistes de recher­che émergeant régu­liè­re­ment.
Enfin, il met en avant des ini­tia­ti­ves ori­gi­na­les de sou­tien de par­te­nai­res publics et privés, per­met­tant le déve­lop­pe­ment et la mise en œuvre de la recher­che appli­quée, une pra­ti­que inno­vante pour laquelle, c’est cer­tain, nous avons du goût !

Ce numéro a été coor­donné par Hélène Chambefort et Dominique Naud, res­pec­ti­ve­ment pre­mière vice-pré­si­dente de l’Association des archi­vis­tes fran­çais aux com­pé­ten­ces et aux métiers et vice-pré­si­dente de l’Association des archi­vis­tes fran­çais à la com­mu­ni­ca­tion et aux médias.

SOMMAIRE

- Avant-propos, par Hélène CHAMBEFORT et Dominique NAUD

La recher­che en archi­vis­ti­que : état des lieux et pers­pec­ti­ves

En France

- Peut-on faire de l’archi­vis­ti­que sans en avoir l’air ? Les archi­ves dans les thèses et pro­jets doc­to­raux en France, par Damien HAMARD

- « Plis et déplis » : de l’art et des métho­des de la recher­che en archi­vis­ti­que, par Bénédicte GRAILLES

- Les bour­ses dépar­te­men­ta­les de recher­che en archi­ves dans le Jura : une poli­ti­que adap­tée à l’économie de la recher­che ?, par Patricia GUYARD

- Le doc­to­rat par le projet en études patri­mo­nia­les : une voie nou­velle pour la recher­che en archi­vis­ti­que ?, par Christian HOTTIN, Françoise JANIN et Christelle VENTURA

À l’étranger

- La recher­che en archi­vis­ti­que : une indis­pen­sa­ble diver­sité, par Patrice MARCILLOUX

- La recher­che en archi­vis­ti­que dans un pays mul­ti­cultu­rel et plu­ri­lin­gue : l’ori­gi­na­lité pro­fes­sion­nelle de la Suisse, par Gilbert COUTAZ

- La recher­che en archi­vis­ti­que au Québec : esquisse d’une his­toire à écrire, par Anne KLEIN

- L’état de la recher­che archi­vis­ti­que dans les mas­ters et doc­to­rats bré­si­liens (1972-2018), par Angelica ALVES DA CUNHA MARQUES

- Les archi­ves comme ciment de l’unité natio­nale : repè­res his­to­ri­ques et vitrine de l’admi­nis­tra­tion came­rou­naise, par Jacques Albert MONTY

Pour faire avan­cer la recher­che : pistes explo­rées (et à explo­rer)

Revisiter l’archi­vis­ti­que

- La macro-évaluation des docu­ments et des don­nées d’archi­ves : luxe et néces­sité !, par Vincent DOOM

- Dépouiller les archi­ves : pra­ti­ques docu­men­tai­res en épidémiologie, par Magalie MOYSAN

- L’évolution des pra­ti­ques de des­crip­tion des archi­ves docu­men­tai­res de l’Institut natio­nal de l’audio­vi­suel (INA) à l’ère du numé­ri­que, par Claire Marie DRIBAULT DUJARDIN, Dominique FACKLER et Jeannette PICHON

- Deux expé­rien­ces miroir du Collège de France autour des archi­ves et de leur nom, par Christophe LABAUNE

Ouverture et inter­dis­ci­pli­na­rité

- Construire à la marge pour renou­ve­ler les points de vue : prises de risque, renon­cia­tions et pro­duc­tions dans les par­te­na­riats archi­viste/cher­cheur, par Yolaine COUTENTIN et Aurelle LEVASSEUR

- Les archi­ves de musées : diver­si­tés d’appro­ches et qua­lité du dia­lo­gue, par Véronique SASSETTI-AGUILERA

- Archivistes et biblio­thé­cai­res, vers une fusion des com­pé­ten­ces ?, par Tomy LEMOINE


RÉSUMÉS DES ARTICLES

- Avant-propos, par Hélène CHAMBEFORT et Dominique NAUD

La recher­che en archi­vis­ti­que : état des lieux et pers­pec­ti­ves

En France

- Peut-on faire de l’archi­vis­ti­que sans en avoir l’air ? Les archi­ves dans les thèses et pro­jets doc­to­raux en France, par Damien HAMARD

Le por­tail theses.fr qui enre­gis­tre les thèses sou­te­nues et en cours en France signale 12 154 résul­tats à la recher­che sur le terme « archi­ves » et 244 à l’inter­ro­ga­tion sur « archi­viste ». Ces signa­le­ments témoi­gnent en partie du déve­lop­pe­ment de la recher­che en archi­vis­ti­que en France, sans que cette dis­ci­pline soit néces­sai­re­ment reven­di­quée. L’arti­cle ana­lyse les thèses ainsi iden­ti­fiées, les dis­ci­pli­nes asso­ciées et les doc­to­rants pour défi­nir le pay­sage de la recher­che archi­vis­ti­que en France. Il est également l’occa­sion de s’inter­ro­ger sur l’ali­gne­ment des posi­tion­ne­ments archi­viste/cher­cheur.

- « Plis et déplis » : de l’art et des métho­des de la recher­che en archi­vis­ti­que, par Bénédicte GRAILLES

Les métho­des mobi­li­sées par les cher­cheurs en archi­vis­ti­que – c’est-à-dire les démar­ches sui­vies pour objec­ti­ver des éléments utiles – doi­vent répon­dre à des cri­tè­res précis par­ta­gés par la com­mu­nauté scien­ti­fi­que et sont une garan­tie de la scien­ti­fi­cité de la démar­che. L’archi­vis­ti­que réu­ti­lise et adapte des appro­ches his­to­ri­ques. Elle par­tage également avec l’his­toire le recours à la cri­ti­que des docu­ments mais elle mobi­lise très lar­ge­ment tous les modes de recueil des don­nées des scien­ces socia­les, recou­rant à de nom­breux emprunts métho­do­lo­gi­ques, signe de son auto­no­mi­sa­tion : ana­lyse de la lit­té­ra­ture et des pra­ti­ques, enquê­tes par voie de ques­tion­naire ou d’entre­tien, études de cas, recher­che-action, obser­va­tion par­ti­ci­pante ou non, ana­lyse de contenu, de sys­tè­mes (étudiés ici à tra­vers cent soixante-qua­torze pro­jets de recher­che de master). Pour autant, il existe des ori­gi­na­li­tés. Le cher­cheur en archi­vis­ti­que est sou­vent aussi archi­viste, ce qui pose la ques­tion du désin­té­res­se­ment. Il doit inter­ro­ger des savoirs cons­truits par le ter­rain. Il est aussi confronté à des dif­fi­cultés par­ti­cu­liè­res : l’accès aux archi­ves des archi­ves est dif­fi­cile, par­fois impos­si­ble, comme en témoi­gne la car­to­gra­phie des mises en ligne. Il faut alors élaborer des stra­té­gies de contour­ne­ment. Les métho­des sont un garde-fou qui encou­rage la mise en doute, la cri­ti­que et le débat indis­pen­sa­ble à la recher­che.

- Les bour­ses dépar­te­men­ta­les de recher­che en archi­ves dans le Jura : une poli­ti­que adap­tée à l’économie de la recher­che ?, par Patricia GUYARD

Pour revi­vi­fier le lec­to­rat de cher­cheurs et la vie scien­ti­fi­que locale, les Archives dépar­te­men­ta­les du Jura ont obtenu en 2009 du dépar­te­ment l’ins­tau­ra­tion de bour­ses dépar­te­men­ta­les de recher­che de 1 000 et 1 500 euros par an à des étudiants en master et en doc­to­rat dont le sujet de recher­che néces­site la consul­ta­tion de sour­ces ori­gi­na­les prin­ci­pa­le­ment conser­vées dans leurs fonds. Dix ans plus tard, un pre­mier bilan est esquissé autour de deux enjeux prin­ci­paux. Les bour­ses sont-elles été un levier pour atti­rer de jeunes cher­cheurs dans un centre d’archi­ves éloigné de toute uni­ver­sité ? Le dis­po­si­tif pro­meut-il une col­la­bo­ra­tion ou du moins une ren­contre effi­cace entre les cher­cheurs, les Archives et le public des Archives ?

- Le doc­to­rat par le projet en études patri­mo­nia­les : une voie nou­velle pour la recher­che en archi­vis­ti­que ?, par Christian HOTTIN, Françoise JANIN et Christelle VENTURA

En 2018 a été créé au sein de l’École uni­ver­si­taire de recher­che huma­ni­tés, créa­tion, patri­moine (PSGS-HCH) un doc­to­rat par le projet qui com­porte notam­ment un domaine en études patri­mo­nia­les. Partant d’une mise en pers­pec­tive de l’his­toire de l’archi­vis­ti­que en France, notam­ment dans ses rap­ports à la science his­to­ri­que, et après avoir exposé le dis­po­si­tif du doc­to­rat par le projet, nous nous pro­po­sons d’envi­sa­ger ici les pos­si­bles appli­ca­tions de cette nou­velle forme de recher­che à la pra­ti­que archi­vis­ti­que. Le doc­to­rat par le projet est tout à la fois ancré dans la pra­ti­que – pro­fes­sion­nelle, en l’occur­rence – et centré sur une appro­che réflexive de cette pra­ti­que. Il vise à pro­duire des connais­san­ces grâce à un aller-retour cons­tant entre pra­ti­que et réflexion. Depuis 2018, neuf thèses en études patri­mo­nia­les ou conser­va­tion-res­tau­ra­tion du patri­moine ont été enga­gées, notam­ment dans les domai­nes des musées ou de l’archéo­lo­gie. À partir de dif­fé­rents exem­ples sont ici explo­rées les pos­si­bi­li­tés d’appli­ca­tion de cette méthode dans le contexte du métier d’archi­viste.

À l’étranger

- La recher­che en archi­vis­ti­que : une indis­pen­sa­ble diver­sité, par Patrice MARCILLOUX

Fondée sur une méta-ana­lyse des études dis­po­ni­bles décri­vant les dif­fé­rents champs de la recher­che archi­vis­ti­que inter­na­tio­nale et sur des dépouille­ments effec­tués dans plu­sieurs gran­des revues d’archi­vis­ti­que repré­sen­ta­ti­ves de plu­sieurs aires lin­guis­ti­ques, la pré­sente contri­bu­tion, après avoir sou­li­gné la grande diver­sité de ces cou­rants de recher­che, s’efforce d’en pro­po­ser une ten­ta­tive d’expli­ca­tion. Elle met en lumière quel­ques prin­ci­pes d’orga­ni­sa­tion de cette diver­sité et pro­pose de la mettre en rela­tion avec la diver­sité des sys­tè­mes archi­vis­ti­ques eux-mêmes.

- La recher­che en archi­vis­ti­que dans un pays mul­ti­cultu­rel et plu­ri­lin­gue : l’ori­gi­na­lité pro­fes­sion­nelle de la Suisse, par Gilbert COUTAZ

Conçue dans une appro­che glo­bale, la contri­bu­tion men­tionne l’ensem­ble des fac­teurs qui condi­tion­nent la recher­che en archi­vis­ti­que en Suisse : fédé­ra­lisme, plu­ri­lin­guisme et mul­ti­cultu­ra­lité, absence de chaire uni­ver­si­taire d’archi­vis­ti­que, appa­ri­tion tar­dive du Fond natio­nal de la recher­che scien­ti­fi­que et des filiè­res de for­ma­tion. Le fait que l’AAS soit fondée, en 1922, au sein de la Société géné­rale suisse d’his­toire (SGSH), pro­file le dis­cours sur les archi­ves, réduit durant des décen­nies à la publi­ca­tion de docu­ments d’archi­ves et d’inven­tai­res. Les pro­blé­ma­ti­ques de la for­ma­tion et de l’infor­ma­ti­que vont trou­ver des échos dans la revue arbido, créée en commun, en 1986, avec les Associations Bibliothèques et biblio­thé­cai­res suis­ses et Documentalistes suis­ses, et qui conti­nue à paraî­tre aujourd’hui. Elles ont débou­ché sur des for­ma­tions cer­ti­fiées et com­mu­nes des scien­ces de l’infor­ma­tion, en automne 1998. Les thèmes de la recher­che en archi­vis­ti­que devien­nent pro­fes­sion­nels et se for­mu­lent dans les écoles de for­ma­tion. On assiste à une frac­ture entre les lec­tu­res fonc­tion­na­liste et scien­ti­fi­que du métier, la pre­mière deve­nant majo­ri­taire. Le risque est grand que les archi­vis­tes per­dent toute cons­cience his­to­rienne dans leurs pra­ti­ques et aban­don­nent la recher­che. Il en va de leur survie.

- La recher­che en archi­vis­ti­que au Québec : esquisse d’une his­toire à écrire, par Anne KLEIN

L’arti­cle pro­pose l’esquisse de ce que pour­rait être une his­toire de la recher­che en archi­vis­ti­que au Québec. Partant du cons­tat que l’archi­vis­ti­que et la recher­che y sont indé­fec­ti­ble­ment liées, le texte iden­ti­fie ce que l’auteure pense être les moments forts de la struc­tu­ra­tion de la dis­ci­pline. Le pre­mier de ces moments est la mise en place de la for­ma­tion au sein de l’uni­ver­sité dans les années 1980 accom­pa­gnée de la publi­ca­tion des deux pre­miers manuels. Le deuxième temps cor­res­pond à la publi­ca­tion d’un texte pro­gram­ma­ti­que par les mem­bres fon­da­teurs du GIRA en 1988 suivi de peu par la tenue d’un col­lo­que durant lequel les posi­tions diver­gen­tes quant à l’objet et aux fina­li­tés de la dis­ci­pline sont expri­mées. Un troi­sième moment est celui du déve­lop­pe­ment, au tra­vers de thé­ma­ti­ques com­mu­nes et d’une forme de spé­cia­li­sa­tion de chacun, de la recher­che pro­pre­ment dite depuis les années 1990. Le texte se ter­mine sur la pré­sen­ta­tion d’un nou­veau champ, ouvert il y a une dizaine d’années : l’exploi­ta­tion et l’archi­vis­ti­que cri­ti­que.

- L’état de la recher­che archi­vis­ti­que dans les mas­ters et doc­to­rats bré­si­liens (1972-2018), par Angelica ALVES DA CUNHA MARQUES

Cet arti­cle pro­pose une ana­lyse de la situa­tion de la recher­che sur les archi­ves et l’archi­vis­ti­que au Brésil, en iden­ti­fiant les lieux de la pro­duc­tion scien­ti­fi­que et ses thèmes de recher­che entre 1972 et 2018. À partir de la consul­ta­tion dans une base de don­nées bré­si­lienne, sont trou­vées six cent soixante-et-une thèses, mémoi­res et TCCs, qui ont été pro­duits dans soixante-douze ins­ti­tu­tions et en quatre-vingt-six pro­gram­mes de troi­sième cycle (mas­ters et doc­to­rats). La plu­part de ces recher­ches ont été pro­dui­tes dans les ins­ti­tu­tions du centre sud, en pro­gram­mes de science de l’infor­ma­tion, en aug­men­ta­tion pro­gres­sive depuis les années 2000. Leurs thèmes se sont concen­trés sur les ques­tions liées aux moyens pro­fes­sion­nels des archi­ves, à la ges­tion des ser­vi­ces et des ins­ti­tu­tions archi­vis­ti­ques et à la per­cep­tion sociale des archi­ves, de l’archi­vis­ti­que et des archi­vis­tes. La diver­sité des condi­tions et des pos­si­bi­li­tés de recher­che don­nent des pers­pec­ti­ves plu­riel­les d’inves­ti­ga­tion sur la dis­ci­pline et son objet d’étude dans le scé­na­rio bré­si­lien, en dia­lo­gue avec l’inter­na­tio­nal.

- Les archi­ves comme ciment de l’unité natio­nale : repè­res his­to­ri­ques et vitrine de l’admi­nis­tra­tion came­rou­naise, par Jacques Albert MONTY

Depuis plus de trois ans, le Cameroun tra­verse une crise socio­po­li­ti­que pro­fonde et sans pré­cé­dent. C’est par des reven­di­ca­tions cor­po­ra­tis­tes qu’elle a vu le jour en 2016. Puis, quel­que temps plus tard, elle s’est muée en crise poli­ti­que avec des reven­di­ca­tions allant jusqu’à tou­cher la forme de l’État. Elle porte doré­na­vant l’appel­la­tion de crise anglo­phone ou crise du nord-ouest et du sud-ouest, pour dési­gner les deux régions anglo­pho­nes du Cameroun. Comprendre cette crise, c’est aussi faire un retour sur une partie de l’his­toire poli­ti­que et sociale mais par­fois colo­niale du Cameroun. Ce retour aux sour­ces (docu­men­tai­res) est aussi syno­nyme de l’ouver­ture, de la consul­ta­tion et de l’exploi­ta­tion des archi­ves. La consul­ta­tion et l’exploi­ta­tion de ces archi­ves pour­raient ainsi nous per­met­tre d’appré­cier et d’appré­hen­der la crise sus évoquée. À côté de cette crise, l’admi­nis­tra­tion publi­que came­rou­naise appa­raît elle-même comme un lieu idéal d’expres­sion et d’ana­lyse des docu­ments d’archi­ves. Cet arti­cle vise à appré­hen­der une partie de l’his­toire poli­ti­que et sociale du Cameroun de l’indé­pen­dance à nos jours à tra­vers les archi­ves mais aussi les docu­ments admi­nis­tra­tifs. Ce par­cours nous sert d’alibi pour appré­cier la ges­tion des docu­ments dans l’admi­nis­tra­tion publi­que came­rou­naise aujourd’hui, mais sur­tout d’ana­ly­ser les­dits docu­ments à l’épreuve de leur mis­sion dans une ins­ti­tu­tion par­ti­cu­lière. Sur cette base, nous pen­sons que, faire une ana­lyse docu­men­taire de cer­tai­nes archi­ves his­to­ri­ques et docu­ments admi­nis­tra­tifs peut donner lieu à une plu­ra­lité d’ana­lyse.

Pour faire avan­cer la recher­che : pistes explo­rées (et à explo­rer)

Revisiter l’archi­vis­ti­que

- La macro-évaluation des docu­ments et des don­nées d’archi­ves : luxe et néces­sité !, par Vincent DOOM

La lit­té­ra­ture sur la macro-évaluation est abon­dante mais pres­que exclu­si­ve­ment en anglais. Elle m’a permis avec l’aide des archi­vis­tes du Canada de réflé­chir à la macro-évaluation et d’en expli­quer la nature. Pour ce faire, il m’a fallu décons­truire notre sys­tème d’évaluation que j’ai inti­tulé : micro-évaluation contex­tuelle et pro­po­ser un nou­veau prin­cipe : celui de fonc­tion­na­lité dont le contenu a été défini par le comité inter­na­tio­nal sur l’évaluation des archi­ves auquel j’ai par­ti­cipé. Ce prin­cipe lié au prin­cipe de pro­ve­nance vient com­plé­ter la des­crip­tion archi­vis­ti­que et contex­tua­li­ser les docu­ments et les don­nées d’archi­ves qui devien­nent de ce fait acces­si­bles à tous. Mon propos a pour objec­tif de com­pren­dre com­ment la macro-évaluation peut se sub­sti­tuer à la micro-évaluation de type diplo­ma­ti­que afin de ne conser­ver que ce qui rend compte de la société dans laquelle nous évoluons et non celle qui répond à la demande des cher­cheurs. La col­lecte est inti­me­ment liée à la macro-évaluation. Elle permet de docu­men­ter le silence de cer­tai­nes sour­ces. La publi­cité et la trans­pa­rence des déci­sions prises sont fon­da­men­ta­les pour répon­dre le plus scien­ti­fi­que­ment pos­si­ble aux besoins des cher­cheurs, citoyens, clients, usa­gers.

- Dépouiller les archi­ves : pra­ti­ques docu­men­tai­res en épidémiologie, par Magalie MOYSAN

Il existe en épidémiologie des pro­jets de recher­che dans les­quels l’uti­li­sa­tion d’archi­ves occupe une place impor­tante. Dans ces pro­jets, le dépouille­ment des archi­ves appa­raît comme une acti­vité cen­trale. Mené par des per­son­nels essen­tiel­le­ment formés sur le ter­rain, il requiert de mul­ti­ples com­pé­ten­ces, comme l’iden­ti­fi­ca­tion des sour­ces d’archi­ves, la com­pré­hen­sion du contexte de pro­duc­tion des docu­ments et du fonc­tion­ne­ment des ins­ti­tu­tions pro­duc­tri­ces ou encore l’évaluation de la fia­bi­lité des docu­ments. Invisibles, ces com­pé­ten­ces n’en demeu­rent pas moins excep­tion­nel­les dans un champ scien­ti­fi­que, la recher­che bio­mé­di­cale, qui n’est pas connu pour son uti­li­sa­tion d’archi­ves. Proches des usages his­to­riens, ces pra­ti­ques se rap­pro­chent également du métier de l’archi­viste, bien que les contacts entre les deux métiers soient encore très mino­ri­tai­res en 2006.

- L’évolution des pra­ti­ques de des­crip­tion des archi­ves docu­men­tai­res de l’Institut natio­nal de l’audio­vi­suel (INA) à l’ère du numé­ri­que, par Claire Marie DRIBAULT DUJARDIN, Dominique FACKLER et Jeannette PICHON

Depuis plus de qua­rante ans, l’Institut natio­nal de l’audio­vi­suel (INA) œuvre à la pré­ser­va­tion, à la conser­va­tion et à la valo­ri­sa­tion du patri­moine audio­vi­suel. Il a, très tôt, grâce à une poli­ti­que de numé­ri­sa­tion de ses fonds, pro­posé des pro­duits inno­vants per­met­tant de valo­ri­ser ses col­lec­tions et de répon­dre à de nou­veaux besoins. L’INA a choisi de refon­dre son sys­tème d’infor­ma­tion docu­men­taire pour répon­dre aux chan­ge­ments liés à l’accrois­se­ment et à la diver­si­fi­ca­tion de ses fonds et à la prise en compte de nou­vel­les tech­no­lo­gies. Cette refonte répond aux évolutions des modes de recher­che et se base sur deux prin­ci­pes : fédé­rer les des­crip­tions dans une base unique, et conce­voir un modèle géné­ri­que pour toutes les natu­res de docu­ments. L’INA a assuré la cohé­rence de ses bases au fil du temps. À l’arri­vée du nou­veau sys­tème d’infor­ma­tion et l’implé­men­ta­tion d’outils liés au numé­ri­que, il convient d’assu­rer la gou­ver­nance de la donnée.

- Deux expé­rien­ces miroir du Collège de France autour des archi­ves et de leur nom, par Christophe LABAUNE

La pra­ti­que des archi­ves voit par­fois s’oppo­ser des logi­ques dif­fé­ren­tes, entre les archi­vis­tes d’un côté et les cher­cheurs de l’autre. Ces deux mondes, pour­tant, n’ont pas voca­tion à être en confron­ta­tion. Tout d’abord pour des rai­sons socio­lo­gi­ques, notam­ment dans le milieu de la recher­che scien­ti­fi­que : si la plu­part des archi­vis­tes ont suivi un cursus uni­ver­si­taire les ame­nant à faire de la recher­che, nombre de cher­cheurs (en par­ti­cu­lier dans les scien­ces humai­nes) ont une pra­ti­que régu­lière des archi­ves. Les coo­pé­ra­tions entre les deux milieux offrent de nom­breux béné­fi­ces, de part et d’autre, et influent sur les pra­ti­ques et usages des archi­ves. Nous vou­lons ana­ly­ser ici les influen­ces croi­sées autour de la ques­tion du nom­mage des docu­ments, com­ment on les bap­tise et com­ment le nom qu’ils por­tent peut avoir une inci­dence sur la recher­che, grâce à deux expé­rien­ces paral­lè­les : dans l’une, les cher­cheurs nom­ment les archi­ves, dans l’autre, ils les trou­vent déjà nom­mées.

Ouverture et inter­dis­ci­pli­na­rité

- Construire à la marge pour renou­ve­ler les points de vue : prises de risque, renon­cia­tions et pro­duc­tions dans les par­te­na­riats archi­viste/cher­cheur, par Yolaine COUTENTIN et Aurelle LEVASSEUR

En 2019, les Archives muni­ci­pa­les de Saint-Brieuc et l’uni­ver­sité Paris 13 ont noué un par­te­na­riat pour pro­duire une édition numé­ri­que de la cor­res­pon­dance de Jean-Louis Bagot, méde­cin, maire de Saint-Brieuc et député à l’Assemblée légis­la­tive (1791-1792). La trans­crip­tion numé­ri­que des docu­ments, col­la­bo­ra­tive, a été réa­li­sée par crowd­sour­cing – un pro­ces­sus qui consiste à invi­ter des inconnus non experts à par­ti­ci­per à une recher­che scien­ti­fi­que. Cette option, tech­ni­que, phi­lo­so­phi­que et poli­ti­que, inter­roge le posi­tion­ne­ment des pro­fes­sion­nels de la recher­che et de l’archive qui y ont recours. Quelle est leur légi­ti­mité à pro­mou­voir et à enca­drer un tel projet, au regard des normes aca­dé­mi­ques et des poli­ti­ques euro­péen­nes et natio­na­les ? Le crowd­sour­cing heurte en effet à la fois les usages aca­dé­mi­ques de l’édition savante et ses stan­dards de qua­lité. Il impli­que de repen­ser la place tra­di­tion­nelle du pro­fes­sion­nel de la recher­che ou de l’archive, qui est mar­gi­na­lisé non seu­le­ment en tant qu’expert mais aussi en tant qu’unique déci­sion­naire des pro­gram­mes à mener

- Les archi­ves de musées : diver­si­tés d’appro­ches et qua­lité du dia­lo­gue, par Véronique SASSETTI-AGUILERA

L’expé­rience du Metropolitan Museum en matière d’archi­ves, même pri­vées, est riche d’ensei­gne­ments : la dis­tinc­tion entre archi­ves et docu­men­ta­tion est remar­qua­ble­ment posée, l’accès aux docu­ments est enca­dré et sécu­risé, la com­mu­ni­ca­tion assu­rée par des archi­vis­tes pour les docu­ments iden­ti­fiés comme « sen­si­bles », et la ges­tion pure­ment admi­nis­tra­tive des dos­siers d’acqui­si­tion permet une uni­for­mi­sa­tion des pra­ti­ques. Peut-on à partir de cet exem­ple réflé­chir à l’élaboration de pro­cé­du­res spé­ci­fi­ques en matière d’archi­ves publi­ques de musées en France ? C’est ce que nous sou­hai­tons pro­po­ser dans cet arti­cle.

- Archivistes et biblio­thé­cai­res, vers une fusion des com­pé­ten­ces ?, par Tomy LEMOINE

La tran­si­tion vers le numé­ri­que entraîne un bou­le­ver­se­ment pro­fond dans le milieu docu­men­taire. Partageant des logi­ques de média­tion com­mu­nes, l’archi­viste est, avec son homo­lo­gue biblio­thé­caire, actuel­le­ment confronté à des préoc­cu­pa­tions com­mu­nes. Partant du prin­cipe que ce contexte entraîne un rap­pro­che­ment plus poussé entre les deux pro­fes­sions, visi­ble à tra­vers l’accrois­se­ment des col­la­bo­ra­tions et des mutua­li­sa­tions entre elles, cet arti­cle s’inter­roge sur la pos­si­bi­lité d’une conver­gence forte, remet­tant en cause leur sépa­ra­tion tra­di­tion­nelle. Souhaitant appor­ter un regard nou­veau, il s’appuie sur les résul­tats d’un ques­tion­naire d’enquête dif­fu­sée en 2017, s’adres­sant direc­te­ment aux pro­fes­sion­nels.

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