La boucle est bouclée ! Après avoir abordé les politiques de classement (AD de Meurthe-et-Moselle, 2023), de collecte (AD du Loiret, 2024) et de communication (AD du Calvados, 2026), l’heure est venue de réunir la section des archivistes départementaux de l’Association des archivistes français (AAF) autour des politiques de conservation.
Déjà, à Rennes, en 2008, les RASAD s’étaient penchées sur la question dans le tout nouveau bâtiment des Archives départementales d’Ille-et-Vilaine : la conservation préventive était alors au cœur des débats. Plus récemment, la Gazette des Archives a consacré deux volumes (n°263 et 264, en 2021) aux bâtiments d’archives. La question de la conservation des archives numériques, quant à elle, irrigue tous les écrits récents sur notre pratique professionnelle.
Qu’ils concernent le papier ou le numérique, la conservation préventive ou la conservation curative, la construction de bâtiment ou le conditionnement de supports spécifiques, de nombreux cas d’étude peuvent être identifiés et conduire à une réflexion plus globale sur les stratégies, locales ou nationales, individuelles ou partagées entre plusieurs acteurs, mises en place pour piloter et veiller à la préservation du patrimoine archivistique.
Pour explorer cette question, plusieurs axes sont identifiés :
Bâtiments d’archives
- Si de superbes constructions et réhabilitations de bâtiments ont pu aboutir au cours des dernières années, les budgets sous tension des Départements freinent ou font revoir les objectifs de certains projets de construction neuves ou de rénovation des bâtiments existants : comment les maintenir en adéquation avec les normes de conservation en vigueur ? Quelles adaptations sont possibles ? Comment gérer au mieux des implantations multi-sites qui peuvent être vectrices de risques pour les documents ? Quel avenir pour les bâtiments auto-porteurs dont il est parfois bien difficile de se séparer ?
- Comment adapter nos bâtiments aux changements climatiques et répondre aux nouvelles normes et à la demande sociétale en ce domaine ? Comment intégrer ces enjeux dans la construction et la maintenance de nouveaux bâtiments ou dans la réhabilitation d’anciens ? Comment revoir nos installations climatiques pour mieux maîtriser nos dépenses énergétiques ? Mieux penser l’étanchéité de nos bâtiments pour en permettre une rénovation énergétique et thermique ?
- Ces questions de maîtrise des coûts énergétiques se posent également pour la conservation des archives numériques. Peut-on mettre en œuvre les préconisations de sobriété numérique ? Comment concilier cet enjeu avec celui d’une nécessaire montée en puissance de l’archivage numérique et d’une collecte et d’une sécurisation qui doivent être de plus grande ampleur des données ?
Sûreté et cybersécurité
- Les vols spectaculaires qui ont récemment touché plusieurs établissements culturels français ont conduit tous les responsables de collections publiques à vérifier et interroger la sûreté de leurs installations. Le guide de 2011, revu en 2018, sur la sûreté des archives est-il le seul outil utilisé par les archivistes? Comment mettre en œuvre concrètement les préconisations qu’il porte ? Plus largement, la sécurité des bâtiments demeure essentielle et centrale dans tous les projets d’aménagement et de construction.
- Dans l’environnement numérique, les fonds d’archives sont également particulièrement exposés à ce risque de vol et de piratage de données ? Comment prendre en compte les enjeux de cybersécurité et les risques de cyberattaques dans un domaine de plus en plus pointu et mouvant, alors que le contexte international est mouvementé et que les intelligences artificielles sont de plus en plus performantes ? Est-ce que le stockage à froid peut constituer une solution de sauvegarde ?
Pratiques de conservation
- Depuis plusieurs années, voire décennies, les services ont souvent rédigé des règles de conservation préventive, en définissant une méthode et des règles internes et en achetant du matériel adapté. Quelle harmonisation et comment former aux gestes « simples » (constitution d’une boîte, enliassage, dépoussiérage, etc.) ? Les formations en matière de conservation sont-elles à inclure dans le parcours de formation obligatoire de tout agent amené à manipuler des documents ? Ces pratiques concernent souvent les fonds « papier » mais qu’en est-il pour les autres supports (audiovisuel…) ? A quel(s) profil(s) confier la responsabilité de cette question en interne ?
- D’un point de vue très pratique, le recours à des prestataires extérieurs est fréquent, sur les aspects liés à la conservation des archives (dépoussiérage, conditionnement, externalisation de la conservation) tandis que les contraintes budgétaires sont de plus en plus fortes. Comment maîtriser et prioriser ces coûts ? Quels types de marchés publics privilégier ?
- En matière de conservation curative, les archivistes sont généralement sensibilisés aux dégradations mécaniques et aux sinistres et connaissent les premières actions à mener pour les corriger. Ces dernières années, on constate néanmoins que les techniques évoluent et tiennent davantage compte de la réversibilité et de l’impact sur l’environnement (interdiction en 2025 de l’usage de l’oxyde d’éthylène…) et la santé. Que la conservation curative soit externalisée ou prise en charge par un restaurateur du service, comment détermine-t-on des priorités de restauration ? Comment met-on en œuvre des opérations de décontamination plus respectueuses du document et de l’environnement ?
Documents stratégiques
- Conséquence à la fois des aléas climatiques et des vols spectaculaires récents, la rédaction des plans de sauvegarde des biens culturels (PSBC) et leur mise à jour deviennent une priorité de nombreux établissements patrimoniaux, dont les services d’archives. Comment l’articuler avec les politiques locales de sécurité et leurs acteurs ? En tester son fonctionnement par des mises à l’épreuve en situation réelle ?
- Les documents stratégiques émis par les services départementaux d’archives abordent essentiellement les missions de la chaîne de traitement des archives aboutissant à leur mise à disposition du public. En va-t-il de même pour les politiques de conservation ? Quelle place leur accorder dans nos projets scientifiques, culturel et éducatif, nos plans de formation… ? Faut uniquement les inscrire dans les plans de sauvegarde ?
- Pour les archives numériques, sur quelles bases construire la politique de pérennisation ? Comment en encourager la rédaction ? Comment la lier aux autres documents stratégiques ?
Ces questionnements démontrent le caractère central et actuel de la question des politiques de conservation et trouveront leur prolongation dans les débats du forum de 2028 à Douai. Les évolutions en cours sont renforcées par la diversification des supports et la prévalence des aléas climatiques et placent ces réflexions au cœur de notre pratique archivistique.
Répondre à l’appel
Envoyez votre proposition avant le 4 septembre 2026 sous la forme d’un texte de 500 mots maximum avec :
– titre
– nom et prénom du/des intervenant(s)
– institution de rattachement
– mail et numéro de téléphone
– format souhaité de l’intervention
Adressez votre mail à Aurore Sat : a.sat@gironde.fr
Les interventions peuvent prendre la forme d’une présentation (20 minutes), d’une table-ronde ou d’un atelier pratique.